Une Packard, et sa jeune pilote née en 1910 ...

Publié le 05.11.2011



       

 

 

 

Quand Margaret Dunning avait 10 ans, elle a perdu le contrôle du véhicule familial de ses parents, percutant une grange et en fracassant quelques planches. "Je suis rentré dedans, et rien n'a bougé" dit-elle, du haut de ses 101 ans. 

"Cette voiture devait être habitée" dit-elle. "Et je ne suis pas grande, donc j'avais des difficultés à atteindre correctement la pédale de frein et d'appuyer suffisamment pour ralentir la voiture. Elle m'a tout simplement échappée. "

Peu de temps après pourtant, elle a repris le volant, écumant les routes secondaires de Redford Township, un peu à l'ouest de Détroit, où sa famille possédait une ferme agricole. A cette époque, cela faisait déjà 2 ans qu'elle conduisait. Avant l'accident de la grange, le père de Mademoiselle Dunning laissait souvent sa jeune fille tenir le volant pendant qu'il avait les pieds sur les pédales et les mains aux commandes. Un jour, il la laissa faire seule non sans lui avoir fait la leçon. 

"Tu sais ce que tu as entre les mains ?" dit-elle, se souvenant des paroles de son père. "Tu sais la puissance que tu as sous le pied ?"

"Il m'a expliqué pourquoi, à la ferme, il était préférable parfois d'avoir plusieurs chevaux pour exécuter certaines taches" dit-elle. "Mais à la minute où tu ne les tiens plus, ce sont de vrais chevaux sauvages que tu dois contrôler". "Et c'est comme cela qu'il m'a expliqué les chevaux vapeurs" ajoute-t-elle. "Et j'ai bien tout compris". 

Après cela, Mademoiselle Dunning, fille unique, a conduit tout ce qui pouvait être conduit à la ferme familiale, y compris un camion Maxwell et même les tracteurs.

A ses 12 ans, son père mourut, et la Ford T de son père devint la sienne. Sa mère, atteinte d'arthrite aux pieds, ne pouvant pas conduire, lui obtint un permis de conduire pour ses 12 ans et la pris comme chauffeur pour tous ses déplacements. "Avec un peu de connaissance, un peu de fil et des épingles, vous pouvez la faire tourner sans problème", dit-elle en parlant de sa vieille Ford T. "C'est la petite voiture qui a fait l'Amérique". 

Elle adorait se balader seule en voiture, sentant les parfums dans le vent sur les routes de campagne. On pouvait entendre les gens dire sur son passage "je crois que je viens de voir passer Margaret dans son nuage de poussière". 

 

 

A cette époque, il y avait quelque chose de spécial dans l'air, une sorte d'excitation, de frénésie engendrée par l'industrie automobile naissante. Henry Ford n'a pas seulement été à l'origine de cela, c'était un voisin et un ami des Dunning, vivant à quelques minutes de là.
"J'entends encore papa dire 'Et bien Henry est dehors et je lui ai demandé de rester dîner'" dit-elle.

"Maman faisait de la tarte aux airelles et lui en offrait parfois." "Il disait que c'était sa tarte préférée - je crois surtout qu'il était très poli, mais il était adorable à se comporter comme cela." Et elle ajoute "Il portait tout le temps un chapeau à large bord avec une bande noire, chapeau qu'il ôtait systématiquement quand il vous adressait la parole, vous regardant droit dans les yeux."

Mademoiselle Dunning ne s'est jamais mariée, est allée à l'école à Wellesley dans le Massachusetts, pour rejoindre plus tard l'université du Michigan, afin d'y suivre des études de commerce. Quand j'étais petite, maman m'a demandé ce que je voudrais faire plus tard. Je lui ais dit 'acheter et vendre', je pense que ça l'a surprise." Elle arrêta les études lors de la grande dépression pour aider sa mère dans ses activité immobilières et finit dans la banque avec un grand succès.

Tout ce temps, elle n'a jamais quitté ni Plymouth, sa ville adorée, ni même la maison où elle a vécu depuis ses 13 ans. Dans les années 40, elle et sa mère ont donné à la communauté ce qui est devenu aujourd'hui la bibliothèque Dunning-Hough. Elle a aussi offert plus d'un million de dollars au Plymouth Historical Museum.

Son amour pour les voitures n'a jamais diminué. En 1943 Elle a conduit un camion de la Croix Rouge comme volontaire et a possédé de nombreuses voitures de collection. Elle garde toujours chez elle une Ford A de 1931, une Cadillac DeVille de 1966 - qu'elle présente souvent sur des concentrations, une Cadillac Eldorado convertible et sa voiture de tous les jours, une DeVille de 2003. Le volant de sa vieille Ford T est toujours en bonne place, servant de butée de porte pour son garage.
 

 

Mais son vrai amour est une Packard 740 roadster couleur crème de 1930, véhicule qu'elle possède depuis 1949. C'est cette voiture qu'elle a présenté au Concours d’Elégance of America à Plymouth l'été dernier. "J'ai vu la photo sur une petite annonce et j'ai couru droit pour l'acheter" dit-elle. "Le gars m'a dit que sa femme voulait une voiture fermée parce qu'ils allaient avoir des enfants. Il pleuvait ce jour-là à Détroit lorsque elle est arrivée sur sa remorque, je m'en souviens très bien.

Mademoiselle Dunning ne se souvient plus combien elle l'a payé, ni combien de miles avait déjà fait le 8 cylindres en ligne de sa Packard. Elle n'avait pas été spécialement bien entretenue mais un ami l'a totalement restaurée. "Elle avait roulé sur les champs de manoeuvre sur une base militaire pendant la seconde guerre mondiale" explique-t-elle. "A cette poque, les soldats avaient besoin d'un véhicule pour aller et venir du camp militaire à la ville, se la partageaient, faisaient les fous avec.

Depuis sa restauration, la Packard est surtout un show car, bien que Mademoiselle Dunning s'en est servi bien plus que les 3 ou 4 sorties par an qu'elle lui consacre aujourd'hui. "Ca a toujours été une voiture à part, que j'ai différenciée des autres", ajoutant qu'elle en a eu quelques autres Packards. "Elles sont vraiment faites de nobles matériaux" dit-elle. "J'adore le moteur, c'est vraiment du beau, du très beau travail de finition."

Packard, une marque haut de gamme produite entre 1899 et 1958, a apporté de nombreuses innovations dans le design, comme le volant moderne. Le roadster de Mademoiselle Dunning a été construit à Détroit dans un complexe conçu par Albert Kahn, à l'abandon aujourd'hui, qui couvrait 32,52 hectares et a employé 40 000 ouvriers. En plus de luxueux véhicules, l'usine a fabriqué des avions de chasse pendant la seconde guerre mondiale.

Mademoiselle Dunning continue à faire ses vidanges toute seule, mais confie surtout l'entretien de sa voiture à une petite équipe de techniciens maintenance dont l'un est un ami de 90 ans. "Il a des mains magiques" dit-elle.

 

 

Sa voiture a des ailes noirs, un intérieur cuir rouge, un allume-cigare, une veilleuse liseuse de carte et une boite à gants des deux côtés du tableau de bord. Le pare-brise se rabat sur l'avant, la banquette arrière rabat-table devance un coffre extérieur. La boite est une quatre rapports manuelle bien sûr.

Pendant toutes ces années, Mademoiselle Dunning a conservé la même clé, l'originale. Ce n'est que récemment que, pour son anniversaire, ses amis lui en ont fait faire une copie avec son porte-clés si particulier. "J'ai été ravie d'en avoir une autre", dit-elle. "Si j'avais perdu mon originale avant d'avoir cette copie, le serrurier aurait du passer une semaine pour me la refaire et encore, il n'aurait pas pu me refaire le porte-clés à l'identique."

Mademoiselle Dunning qui est membres de nombreux clubs, y compris le Michigan Region Classic Car Club of America dit que sa Packard ne lui a jamais vraiment causé d'ennuis, saufs quelques problèmes avec le bouchon du réservoir d'essence lorsque celle si était chaude elle s'évaporait avant le carburateur. "Vous attendez qu'elle refroidisse, vous redémarrez et c'est reparti" dit-elle. "Je ne suis jamais tombée en panne d'essence avec", dit-elle en souriant. "C'est classique avec les vieilles voitures : vous êtes tellement concentré à surveiller tout le reste que vous en oubliez l'essence."

Elle nous a dit avoir hâte de participer au concours de cet été parce qu'elle n'avait pas sorti sa Packard depuis des années. "Et puis c'est juste un plaisir de revivre de vieux souvenirs et de revoir des gens qu'on n'a pas vu depuis longtemps." Ayant vécu l'époque de la carriole à chevaux et de la Ford T, Mademoiselle Dunning est étonnée par la technologie et le style des voitures modernes. Elle a l'intention de s'acheter une nouvelle voiture, mais ne sait pas quel modèle encore. "C'est tellement plus facile de conduire maintenant avec la direction et le freinage assistés", dit-elle.

"Avec les vieilles voitures, vous devez utiliser ce que j'appelle 'la direction bras-musclés'. Mais avec une voiture comme la Packard, c'est un vrai plaisir. J'aime vraiment beaucoup cette voiture ... enfin je veux dire ... je l'aime quoi."

 

 

 

 

 

Article : par Mary M. Chapman paru sur The New York Times,

Credit : Photos & Vidéo : par Fabrizio Costantini, Channon Hodge.

 

Denis Eveillard


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